#7 – Plus loin que la Smart City, la Smart Nation

Altitude Infrastructure est allée voir à l’autre bout du monde ce qu’on entendait par « smart city » et pourquoi pas y pêcher quelques idées. C’est ainsi que dans le cadre d’un voyage organisé par la FIRIP, nous nous sommes immergés quelques jours dans l’univers singapourien.

Ci-dessous le récit de Julien Profit, Directeur Solutions au sein d’Altitude Infrastructure, notre reporter sur le terrain.

Coincée entre la Malaisie et l’Indonésie, assise au bord de l’équateur, Singapour est une ville, une péninsule, que dis-je, une nation ! Car Singapour est un pays en effet. Et donc, on ne parle pas de smart city s’il vous plait, mais de smart nation… En voilà une idée. Que donnerait un programme « smart nation » pour notre chère France ? Avec des smart villes mais aussi des smart campagnes ? En tout cas là-bas, le débat ne se pose pas en ces termes, la ville c’est le pays. Et même si la politique locale impose que 70% de la surface de cet îlot de 714 km2 soit couverte de verdure, quand on parle d’infrastructure, de réseau, de déploiement de capteurs, on est bien dans des zones très, très denses.

Avec 5,4 millions d’habitants, Singapour n’est certes pas la plus grande ville du monde (et encore moins le plus grand pays du monde), mais pour le reste, elle collectionne les places sur les podiums : la plus agréable à vivre (c’est-à-dire la plus sure et la plus propre pour simplifier… C’est une manière de définir le terme agréable…), la plus chère aussi, le meilleur endroit pour faire des affaires, pour s’expatrier, pour la compétitivité des entreprises… Et bien sûr, la ville la plus smart (de l’univers sans aucun doute) !

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Pour essayer de le mesurer, nous avons donc quitté notre hôtel situé près de Marina Bay, pour sillonner la ville dans un bus surdimensionné par rapport à la taille de notre groupe, et bien entendu climatisé avec excès. Nous sommes allés à la rencontre des institutionnels, des universitaires et des entreprises locales : opérateurs télécoms, gestionnaires de transport, de logements publics, etc.

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Nous avons commencé par l’iDA, c’est-à-dire l’Infocomm Development Authority of Singapore. En quelque sorte l’ARCEP + la mission France THD + l’état + … Bref, le tout en un. Simple, net, efficace !

Parmi un grand nombre de projets, cet organisme gouvernemental orchestre le « iN2015 masterplan » (iN2015 pour intelligent nation 2015) qui s’appuie sur la Smart Nation Plateform (SNP). Dans ce cadre, elle travaille notamment à la finalisation du Next Generation Nationwide Broadband Network (Next Gen NBN), qui est une des briques de base de la ville intelligente de demain. La fameuse plateforme est constituée des éléments suivants : un réseau hétérogène performant (filaire ou non), des capteurs et une plateforme de données accessible aux acteurs intéressés pour développer les usages.

Commencé en 2005, qu’est-ce que ça donne en 2015 ? Car on arrive quand ces projets sont censés se terminer bien sûr. Sinon, on serait venu plus tard. Et bien, on repassera quand même car pour le moment, il n’y a encore rien de fou à voir sur place.

Malgré tout, concernant le réseau, ça semble avancer convenablement même s’il est difficile d’avoir tous les chiffres. En gros, retenons que tout sera déployé en fibre d’ici fin 2015, au pire courant 2016. Pour un pays, belle performance. Pour une ville, … Ne soyons pas complexés, on arrive à faire la même chose. Cocorico !? Petite parenthèse sur le réseau THD : il est construit sur un modèle « open access » qui n’a rien à envier à la Suède, totalement déployé et géré par l’opérateur public historique pour sa partie passive (Singtel), il est ouvert en passif et en activé (eh oui, le bitstream THD n’est pas un gros mot là-bas). On trouve donc pas mal d’opérateurs de services de toutes sortes qui dégroupent ou non selon leur taille. Free a un de ses plus grands fans sur place : My Republic (Xavier Niel est un des actionnaires), qui casse les prix également et cherche actuellement à faire sa place sur le mobile. La parenthèse est refermée.

Concernant les capteurs… Nous n’avons malheureusement pas visité l’un de ces fameux testbed (ça aura manqué à notre voyage qui s’est trop souvent limité à aller goûter la climatisation locale devant un powerpoint). Les testbed sont des expérimentations grandeur nature dans un quartier de la ville en vue de faire un déploiement à plus large échelle (celle d’un pays rappelez-vous !). Ça revient donc à faire une expérimentation à l’échelle d’un département ou d’une agglo avant de le faire pour le pays entier. Donc l’expérimentation à l’échelle de Palaiseau, qui serait en proportion assimilable à un immeuble, c’est trop petit (depuis le temps qu’on dit qu’il faut mener aussi une expérimentation équivalente ailleurs, sur nos RIP par exemple !). Enfin bref, pour en revenir au capteur, nous avons découvert le concept des Aggregation Gateway Box ou Above Ground Box (AG Box).

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« To facilitate the collection of such data, IDA will spearhead a project involving “above-ground boxes” that serve as all-in-one containers with power and fiber connectivity, and can hold data sensors from different government agencies. These boxes reduce the need for unnecessary groundwork, hence, cutting deploying time and cost, IDA said. »

Ces espèces de PM actifs sont ouverts à plusieurs organisations pour héberger des équipements. Ils relient les capteurs aux alentours via la fibre, le cuivre, le câble, la radio, etc. Ils sont reliés en fibre au réseau FttH global. Sans doute rien de révolutionnaire, mais la manière dont c’est pensé fait penser qu’il y aurait donc un autre réseau mutualisé à concevoir et réglementer. Celui des capteurs, celui de la ville connectée de demain. La BLOM d’aujourd’hui ne répond pas au besoin. Pas complètement. Et c’est une autre partie de l’aménagement qu’il faut dès à présent conceptualiser et encadrer si on veut ne pas prendre de retard. Une BLOM plus smart (et pas que optique)…

Et pour finir sur la SNP (la Smart Nation Plateform, rappelez-vous), après le réseau et les capteurs, le dernier étage est la base de données accessible à tous pour développer des services innovants. Le service est déjà fonctionnel mais doit se développer. Déjà, des jeux de données ont été communiqués à des acteurs locaux et internationaux pour qu’ils puissent imaginer ce qu’il est possible d’en tirer. Et à Singapour, la ville aux 100 000 caméras (bientôt le double…), aux péages automatiques, … de la donnée il va y en avoir beaucoup. Régalez-vous !

BIG BROTHER IS WATCHING - Close circuit security cameras point in different directions in the central business district of Singapore (SINGAPORE)

BIG BROTHER IS WATCHING – Close circuit security cameras point in different directions in the central business district of Singapore (SINGAPORE)

Au-dessus de tout cela, plane évidemment le stress de la sécurité autour de ces données et se pose aussi la question de la transparence des données communiquées, dans un état qui contrôle pas mal les choses. Les singapouriens semblent déjà bien enclins à accepter la surveillance, le contrôle à outrance, etc. Ils savent que c’est à ce prix là qu’ils peuvent revendiquer un certain niveau d’excellence pour la sécurité des biens et des personnes. Mais la mise en place de ces plateformes big data va sans doute finir par leur poser des questions, non ?

Nous avons aussi rencontré de multiples gestionnaires d’infrastructure, confrontés à la maintenance, la sécurité, l’optimisation des coûts et de la qualité de service. Des bénéficiaires de ces nouveaux réseaux et services mais surtout des acteurs pour construire ces réseaux de capteurs et produire de la donnée tout autant qu’en consommer. Des acteurs très exigeants et très soucieux de leurs utilisateurs. Une anecdote démontrant le niveau d’exigence : en plus d’avoir un centre de supervision dédié par ligne de train, le gestionnaire de transport ferroviaire dédie une personne (une équipe plutôt car c’est 24/7) pour passer sa journée dans les rames de métro entre deux stations. Elle monte dans une station et descend à la suivante pour revenir à la première. Savez-vous pourquoi ? Car la distance entre les deux stations en question est de 4 kilomètre. Et alors ? Eh bien s’il y a un problème, c’est trop long pour faire intervenir quelqu’un rapidement. Evidemment ! Voilà donc le niveau de service attendu des usagers (car si l’exploitant du réseau le propose, c’est que ça correspond à une demande locale). Des millions de capteurs ne seront en effet pas de trop pour rassasier cet appétit de « sécurité » et « confort ».

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Enfin bref, c’était intéressant. Passionnant même, de voir toute cette effervescence. Mais un peu étouffant aussi, voire inquiétant non ? Un autre monde en tout cas.

La Smart Nation c’est avant tout la réponse à un besoin, un idéal, celui d’une société qui cherche à aller de l’avant. Et il y a sans doute autant de smart quelque chose que de modèles de société. En France, en Europe, nous avons déjà les réseaux, les hommes pour développer ces innovations. Et sans doute l’argent aussi. Mais que voulons-nous réellement ? En tout cas, moi, après ces quelques jours au milieu des immeubles, des caméras, un peu d’air frais et de solitude loin de tout objet smart me fera du bien !

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