#11 – BLOM & champignons, ou comment assurer le succès de la cueillette sur les réseaux FTTH ?

Trimestriellement, l’ARCEP organise son GRACO (GRoupe d’échanges entre l’ARCEP, les Collectivités et les Opérateurs), un évènement qui permet à l’ensemble de l’écosystème d’échanger sur les problématiques du moment et sur les perspectives d’évolutions réglementaires. Lors de sa dernière édition qui a eu lieu en Octobre 2015, Altitude Infrastructure a été invité à intervenir afin d’exprimer son point de vue et de partager ses premiers retours d’expériences sur le sujet suivant :

Dans la perspective de l’extinction du cuivre, comment s’assurer que les réseaux en fibre optique jusqu’à l’abonné (réseaux BLOM – Boucle Locale Optique Mutualisée) puissent être le support de tous les usages ?

Voici la teneur de notre intervention :

«  Tout d’abord, merci à l’ARCEP de nous convier à cette table ronde et de permettre à Altitude Infrastructure de partager son point de vue : celui d’un opérateur d’infrastructures, dont l’activité évolue de plus en plus vers le métier d’opérateur d’immeubles, d’opérateur de réseaux FTTH / BLOM, qui plus est dans le cadre de RIP.

Si je reformule le sujet, la question qui se pose à nous est de savoir comment se préparer et anticiper :

  • la migration massive de l’ensemble des usages fixes, actuellement supportés par le cuivre sur les réseaux FTTH que nous gérons ;
  • et aussi, voire même surtout, comment laisser la place à l’innovation sur ces réseaux ?

 

Je vais d’abord me risquer un petit aparté, champêtre et bucolique, mais véridique.

Je ne suis pas un habitué de ce type d’exercice, et n’ai pas forcément la hauteur de vue nécessaire, notamment sur les aspects techniques, pour traiter seul ce sujet. En début de semaine dernière, j’ai donc sollicité un collègue pour m’aider à préparer cette intervention.

Le siège d’Altitude est situé au sein d’une Zone d’Activités, à Val de Reuil, au bord de l’autoroute A13, à proximité d’un DataCenter Orange, mais surtout au bord d’une grande forêt domaniale : la forêt de Bord. Pour motiver mon collègue, pour nous permettre de nous aérer l’esprit, et aussi parce qu’il est difficile de préparer ce genre d’exercices au bureau sans être interrompus, je lui ai proposé qu’on réfléchisse à ce sujet tout en allant en forêt faire une cueillette de champignons. C’est de saison !

Nous sommes donc partis en forêt, un midi, armés de sandwichs, de couteaux, d’un panier et de bonnes chaussures. Je connais bien cette forêt et l’ai emmené dans un coin réputé pour être un bon coin à chanterelles. Pour ceux qui ne le savent pas, les chanterelles, ce sont des petits champignons, très bons, disponibles en abondance, qu’il faut cueillir en quantité si on veut avoir de quoi se faire une poêlée. Nous avions 2 ambitions : repartir le panier plein, et surtout avoir les idées claires sur la manière de répondre au sujet de cette table ronde.

Au cours de la cueillette, nous avons en effet trouvé des chanterelles, mais au final pas tant que ça… Tout du moins, pas autant que nous pouvions l’espérer… Les conditions n’étaient pas encore idéales : c’était un peu tôt dans la saison, il ne faisait pas encore assez humide, donc elles étaient vraiment petites et pas si abondantes que ça…. Par contre, ce qui n’était pas prévu, c’est que nous avons trouvé pas mal de bolets et une belle morille des sapins, des champignons plus rares, tout aussi goûtus, mais aussi et surtout plus gros.

Et tout ça, cette variété d’espèces, nous a bel et bien permis de repartir avec le panier plein.

Nous étions donc partis initialement, sur un territoire qu’on pensait dédié à un marché de masse, celui des chanterelles, avec l’ambition de remplir notre panier en récoltant des petits produits, mais en grande quantité. Mais il s’est avéré que ce n’était pas encore la pleine saison. Et au final, notre récolte s’est faite en diversifiant les cibles, et notamment en mélangeant les espèces ramassées en masse avec des espèces plus rares mais apportant plus de valeur à la récolte. Et bien, de la même manière, on pense que pour valoriser les réseaux BLOM, il va bien sûr falloir aller adresser le marché de masse, celui du Grand Public. Mais pour gérer les aléas de saison tels que la réticence temporaire des OCEN à venir et la résistance du cuivre, il faut aussi aller chercher d’autres sources de revenus. Cela offrira plus de valeur ajoutée et permettra par la même occasion d’équilibrer le système et de conforter l’économie de nos réseaux.

Pour en revenir au fond du sujet…

La problématique est relativement nouvelle pour nous : historiquement, les RIP se positionnaient principalement dans des logiques de complémentarité ciblée : desserte professionnelle, besoins de collecte, résorption de zones blanches… Mais aujourd’hui, en ce moment même, nous signons des contrats pour 20 ou 30 ans sur des réseaux optiques ultra capillaires, voués à substituer à terme les réseaux cuivre. Dans ce cadre, nous savons que nous aurons à gérer l’extinction du cuivre et l’impact en termes de bascule de tout ou partie des usages du fixe sur nos réseaux. Nous aurons donc à gérer des infrastructures qui deviendront des infrastructures de référence sur les territoires.

En soi, c’est une révolution dans notre approche ; nous avons désormais clairement l’obligation, avec les collectivités avec lesquelles nous collaborons, de nous y préparer collectivement. Gardons une approche humble, nous n’avons pas de solutions toutes prêtes pour l’ensemble des usages fixes actuels ou à venir d’ores et déjà identifiés. Mais a minima, nous nous obligeons à anticiper et à nous tenir prêts, avec une vision simple : en aucun cas, la BLOM ne doit pas brider l’innovation.

Pour nous, cette anticipation doit se faire sur 2 axes :

  1. Tout d’abord, il faut s’ouvrir l’esprit à considérer les réseaux BLOM comme des réseaux susceptibles de faire de la collecte. Ainsi, dans l’objectif d’extinction progressive du cuivre, nous devrons miser sur une complémentarité des technologies. Nous sommes dans un contexte différent de l’époque du cuivre, d’autres réseaux existent.

En effet, ce ne sont pas les réseaux optiques qui iront nécessairement tout irriguer et qui auront à substituer l’ensemble des usages. Tout comme cela est déjà le cas chez le particulier et dans l’entreprise, où la fibre s’arrête au local technique et d’autres technologies prennent le relai pour faire la desserte, la fibre devra être l’infrastructure de collecte ultra-capillaire de référence.

Des solutions de desserte, notamment les technologies radios ou le CPL, présentent des caractéristiques plus adaptées pour de nombreux usages : les usages mobiles bien sûr, mais aussi la collecte de capteurs, les besoins de la ville intelligente, etc…

Nous considérons donc que n’avons pas l’obligation de substituer l’ensemble des usages via la fibre, mais l’obligation d’offrir le support et la collecte nécessaire pour tous ces usages, et ce, via la BLOM.

  1. Le second axe, qui est totalement complémentaire du premier, réside dans le fait de savoir assurer et surtout gérer de la qualité de services sur les réseaux BLOM. J’enfonce une porte ouverte, mais en effet, il est inconcevable de créer des réseaux optiques et de brider leurs usages du fait de problématiques de qualité de services. Déployer des réseaux aussi capillaires, autorisant des débits aussi importants, sans permettre la fourniture de QoS serait contre-productif.

Sur le papier, cela semble assez simple et accessible. Cependant, les réseaux BLOM présentent 2 spécificités vis-à-vis des réseaux optiques classiques qui complexifient la question :

  • La première, intrinsèque à leur caractère mutualisé, réside dans la multiplication des interventions humaines par des acteurs différents (OI, OC, sous-traitants…). Cela crée par nature une plus grande fragilité, qu’il doit être possible de gérer et de prévenir. En effet, mutualiser ne doit pas rimer avec dégrader.
  • La seconde, c’est la nécessité de gérer sur un même réseau des process permettant de fournir des offres haut de gamme, de l’excellence, du sur-mesure sans pour autant compromettre les enjeux d’industrialisation technique et économique liés au marché de masse du Grand Public.

Chez Altitude Infrastructure, nous avons déjà eu l’occasion de nous confronter à ces questions, et cela pour une raison assez simple : dans le cadre de projets de RIP, lancés à l’initiative de collectivités, il n’est pas envisageable de traiter la problématique des services au Grand Public sans traiter celle des Professionnels, entreprises et sites publics. Les collectivités ne raisonnent pas en silos, et mènent des actions globales sur leur territoire.

Sur des territoires où nous gérons conjointement des réseaux BLOD (Fibre dédiée pour les pros) et BLOM (boucles FTTH adressant les pros et le grand public), nous ne pouvions pas envisager d’aller proposer sur la BLOD des offres Pro et de n’apporter aucune solution aux professionnels desservis par la BLOM.

C’est donc le marché Pro qui nous a clairement poussé à réfléchir à des solutions concrètes (FTTE ou FTTH Pro) et à des process pour mixer les usages proposés sur les infrastructures FTTH.

Pour illustrer ces propos, voici quelques exemples concrets, basés sur des territoires sur lesquels nous avons mis en œuvre et testé certaines solutions :

  • Sur Resoptic (C.C. Rives de Moselle), voici quelques adaptations techniques mises en œuvre dans l’ingénierie FTTH : Surdimensionnement des tronçons de transport, affectation de tubes dédiés pour les besoins professionnels, activation mixte Ethernet et GPON, affectation d’espaces dédiés au sein des NRO pour les besoins professionnels, modalités de brassage en fond de baie pour établir des liaisons point à point…
  • Sur Eurek@, anciennement Net27 (Département de l’Eure), ou sur REV@ (C.A. de Vannes), où nous gérons BLOD et BLOM sur un même territoire mais sur des zones différentes, nous avons procédé à des adaptations marketing : De manière homogène, sont disponibles des offres de gros FTTH Pro (autorisant des tarifs aux clients finaux de l’ordre de 100€) et des offres FTTO (type bande passante), sur BLOD comme sur BLOM… Le tout en veillant à la péréquation tarifaire et à la non cannibalisation des gammes de services entre elles, afin de ne pas faire perdre de la valeur aux réseaux.

2 mots pour conclure :

Pour nous, ces nouveaux usages sont des perspectives de relais de croissance et constituent de formidables opportunités de tourner l’ensemble du système vers le haut. Définir dès maintenant des solutions pour les prendre en charge à l’avenir profitera aussi aux usages du Grand Public, mieux identifiés à court terme. Bref, c’est un bon moyen de ne pas mettre tous ses champignons dans le même panier.

Et la seconde, c’est que nos solutions actuelles sont encore à fiabiliser. Les fiabiliser avec le temps, notamment lorsque les réseaux seront en pleine charge. Et les fiabiliser par l’échange et par des bonnes pratiques mises en œuvre à l’échelle nationale. Nous sommes donc favorables à ce qu’un travail s’engage sur ce sujet pour fixer un cadre : Un cadre commun pour l’ensemble des candidats aux différentes procédures d’appels d’offres en cours. Et surtout un cadre commun pour avoir des solutions standardisées à proposer à nos partenaires opérateurs. En effet, sur le court terme, le marché du Pro sur la BLOM est essentiellement tiré par des opérateurs locaux ; faute de visibilité pour les opérateurs nationaux leur permettant de développer une stratégie nationale. »

Intervention de Simon Lancelevée, Responsable Marketing

carte_11_paris

Une aventure à partager

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s